Sanofi évince Paul Hudson : pourquoi Belén Garijo est appelée d’urgence

13/02/2026

Dernière mise à jour le 19/02/2026 par Marc Kerviel

Le conseil d’administration de Sanofi a provoqué une onde de choc sur les marchés financiers en actant le départ immédiat de son directeur général, Paul Hudson. Derrière les remerciements protocolaires de façade, ce remaniement inattendu met en lumière une urgence stratégique absolue : sauver le pipeline d’innovation face à l’échéance redoutée des brevets de son médicament vedette. Pour éteindre l’incendie et rassurer les investisseurs, le géant pharmaceutique rappelle une figure scientifique historique, Belén Garijo, chargée de redresser la barre au plus vite.

Un départ précipité et une transition sous très haute tension

Le couperet est tombé le 11 février 2026 : lors d’une réunion au sommet, le mandat d’administrateur de Paul Hudson n’a pas été renouvelé. Fait particulièrement rare pour une entreprise de cette envergure, où les successions sont généralement lissées sur plusieurs trimestres, la transition s’avère brutale. Paul Hudson quitte l’ensemble de ses fonctions de directeur général dès le 17 février au soir. En attendant l’arrivée officielle de la nouvelle direction prévue à l’issue de l’assemblée générale du 29 avril 2026, c’est Olivier Charmeil, vice-président exécutif en charge de la Médecine Générale et vétéran incontesté du comité exécutif depuis 2011, qui assurera la fonction de directeur général par intérim.

Cette urgence organisationnelle témoigne de la fébrilité extrême des instances dirigeantes et des investisseurs face au modèle économique actuel de l’entreprise. Le marché ne s’y est d’ailleurs pas trompé : le titre Sanofi a immédiatement dévissé, chutant de près de 5 % à l’ouverture de la Bourse de Paris, illustrant le grand scepticisme ambiant.

L’impasse de la Recherche et Développement (R&D) face au mur du Dupixent

Si Paul Hudson s’était illustré comme un grand communicant, promettant de transformer Sanofi grâce à l’intelligence artificielle et à une spécialisation pointue en immunologie, le bilan clinique de ses dernières années s’est avéré très insuffisant. L’année 2025 a été marquée par une véritable série noire en matière de Recherche et Développement (R&D). Les essais cliniques ont déçu les investisseurs les uns après les autres : échec retentissant du tolebrutinib dans la sclérose en plaques (suivi d’un refus d’approbation par la FDA américaine), vives déceptions autour de l’amlitelimab pour le traitement de la dermatite atopique, et abandon fâcheux d’un candidat-médicament contre la bronchite du fumeur.

Ces échecs à répétition sont d’autant plus critiques que le temps joue contre l’entreprise. Le Dupixent, l’anti-inflammatoire star du laboratoire qui génère à lui seul plus de 15 milliards d’euros de revenus (représentant plus d’un tiers du chiffre d’affaires total du groupe), verra ses premiers brevets expirer dès l’horizon 2031. Dans l’industrie biopharmaceutique aux cycles très longs, une fenêtre de cinq ans est un délai extrêmement court pour concevoir et lancer un successeur crédible. Sanctionné par la bourse avec une baisse de 13 % de son action en 2025 , le groupe affichait des retards inquiétants face à d’autres géants européens du secteur de la santé, à l’image du britannique GSK, qui a d’ailleurs lui aussi récemment repensé sa gouvernance pour maintenir sa compétitivité mondiale.

Belén Garijo, le remède scientifique pour sauver l’innovation

Face à cette crise ouverte de l’innovation, le conseil d’administration, sous l’impulsion de son président Frédéric Oudéa, a choisi l’électrochoc en nommant la docteure Belén Garijo. De nationalité espagnole, elle n’est absolument pas une inconnue au sein du groupe français. Elle y a déjà forgé 15 ans de sa carrière, occupant de hautes responsabilités dont le poste stratégique de vice-présidente des opérations pharmaceutiques pour l’Europe et le Canada, et s’illustrant dans le pilotage de la complexe intégration de la biotech Genzyme.

Avant de répondre à cet appel d’urgence, elle dirigeait depuis 2021 le grand groupe pharmaceutique allemand Merck KGaA, où elle a d’ailleurs marqué l’histoire économique en devenant la première femme à prendre la tête d’une grande société de l’indice boursier DAX40. Son profil profondément médical et opérationnel tranche volontairement avec l’approche de son prédécesseur, parfois jugé par les syndicats comme étant trop focalisé sur la communication financière. La mission dictée par Sanofi est d’une clarté absolue : ramener de la rigueur opérationnelle et restaurer « la productivité, la gouvernance et la capacité d’innovation ». Dans un marché mondial bouleversé par la médecine personnalisée et sous la menace de nouvelles pressions tarifaires aux États-Unis, Belén Garijo devra prouver très vite qu’elle détient la formule exacte pour réinventer l’avenir scientifique du géant français.

Marc Kerviel

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