Inflation à 2,5% mais viande à +60% : L’équation impossible des familles argentines en février

07/02/2026

En ce début de février 2026, les Argentins vivent une schizophrénie économique. D’un côté, le gouvernement de Javier Milei et son ministre Luis Caputo célèbrent une victoire historique : l’inflation mensuelle serait passée sous la barre symbolique des 3 %, un exploit inédit depuis des années. De l’autre, la réalité du supermarché raconte une histoire brutale. Avec le prix de la viande de bœuf qui a bondi de 60 % sur un an et celui du pain qui suit la même courbe, le « miracle » économique ressemble de plus en plus à un mirage pour la classe moyenne. Comment expliquer un tel décalage entre le discours officiel et le ticket de caisse?

L’Asado devient un luxe : Les chiffres que l’on ne montre pas

Pour comprendre la colère sourde qui monte, il faut regarder au-delà de l’indice général. Le rapport de la FAO publié ce 5 février est accablant : alors que l’inflation globale ralentit techniquement, les prix de l’alimentation de base continuent de flamber.

La viande, pilier culturel de l’Argentine, subit une « tempête parfaite ». D’une part, la demande à l’exportation vers la Chine et le Brésil vide le marché local. D’autre part, le coût de l’alimentation animale a explosé : le prix du maïs jaune (nourriture du bétail) a augmenté de 50 % en raison d’une mauvaise récolte en 2025. Résultat : l’Asado du dimanche est devenu hors de prix pour des millions de familles, une donnée que l’indice d’inflation officiel, dilué par d’autres secteurs, peine à refléter avec justesse.

Pourquoi votre ressenti est plus juste que les statistiques de l’INDEC

Le sentiment que « les chiffres mentent » n’est pas qu’une impression ; c’est une réalité méthodologique. L’Argentine calcule son inflation sur la base d’un panier de consommation datant de 2004.

En 2004, les services (électricité, gaz, transport) pesaient peu dans le budget des ménages car ils étaient massivement subventionnés. Aujourd’hui, après la thérapie de choc de Milei et la suppression des aides d’État, ces factures ont été multipliées par dix. Or, l’ancien mode de calcul continue de leur accorder un poids minime. C’est ce refus de mettre à jour le thermomètre qui a conduit à la démission fracassante de Marco Lavagna de la tête de l’INDEC ce lundi 2 février. Il savait que l’indice actuel ne mesurait plus la vraie souffrance économique des Argentins.

La récession derrière la vitrine

Si l’inflation baisse, c’est aussi parce que les Argentins ont arrêté de consommer. C’est la « paix des cimetières » économiques. Le PIB a reculé de 1,7 % et le chômage frappe désormais 275 000 personnes supplémentaires depuis le début du mandat Milei.

Dans ce contexte, la hausse spécifique des produits incompressibles (viande, farine, pain) est d’autant plus douloureuse. Le seul produit de base ayant vu son prix baisser est le riz (-22 %), une maigre consolation pour un peuple de carnivores.

Ce qui nous attend pour la fin du mois

Le gouvernement promet que le pire est passé. Pourtant, les analystes restent prudents. Les attentes d’inflation pour l’année restent supérieures à 30 %. Tant que la méthodologie de l’INDEC ne sera pas réformée pour inclure le poids réel des factures d’énergie, l’écart entre l’inflation publiée et l’inflation « du frigo » continuera de se creuser, alimentant une crise de confiance que les discours triomphalistes ne pourront pas éteindre indéfiniment.

Marc Kerviel

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