PPE3 : l’analyse implacable de Jancovici sur la nouvelle donne nucléaire

13/02/2026

Dernière mise à jour le 19/02/2026 par Marc Kerviel

La France s’apprête à sceller définitivement son avenir énergétique avec la troisième Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3), actant un virage historique vers la relance nucléaire. Face à ce basculement politique décisif, l’expert Jean-Marc Jancovici livre un diagnostic clinique, saluant la fin d’une absurdité juridique tout en rappelant la réalité brutale de notre dépendance aux énergies fossiles.

La fin d’une schizophrénie juridique pour la filière nucléaire

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a dévoilé le 12 février 2026 les grandes lignes de la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3). Ce texte acte un retour assumé de l’énergie nucléaire comme pilier de la souveraineté française, prévoyant la construction de six nouveaux réacteurs EPR2, la mise à l’étude de huit unités supplémentaires et la prolongation du parc existant.

Pour Jean-Marc Jancovici, fondateur du Shift Project, cette officialisation met fin à une situation institutionnelle qu’il qualifiait de « gênante » et « ennuyeuse ». En effet, l’État français évoluait jusqu’ici dans une contradiction paralysante : le précédent texte de loi héritait d’une période où il fallait fermer des réacteurs, alors même que le consensus politique actuel appelait à en construire de nouveaux. Ce nouveau cadre juridique apporte enfin la cohérence législative indispensable pour que les grands acteurs industriels, tels qu’EDF, Framatome et Orano, puissent sécuriser leurs investissements et entamer sereinement des procédures complexes comme les expropriations.

Le gouffre thermodynamique : l’électricité ne fait pas tout

Cependant, l’ingénieur alerte sur un biais de perception majeur. Si le mix électrique français est déjà l’un des plus décarbonés d’Europe grâce à l’atome, l’électricité ne représente qu’une petite fraction du défi climatique.

Jean-Marc Jancovici rappelle régulièrement une statistique implacable : sur les 2100 milliards de kilowattheures d’énergie consommés annuellement par les Français pour vivre et faire fonctionner le pays, l’électricité ne pèse qu’environ 550 milliards, soit à peine un quart. Les trois quarts restants reposent massivement sur les combustibles fossiles (pétrole et gaz). Ces importations coûtent d’ailleurs près de 60 milliards d’euros par an à la France. Ainsi, le véritable défi de la PPE3 n’est pas seulement de produire plus d’électricité bas-carbone, mais d’orchestrer l’électrification massive et accélérée de tous nos usages quotidiens, par le biais de dispositifs d’État comme le leasing social pour les véhicules électriques ou les aides à la rénovation thermique.

Énergies renouvelables : la physique contre la démagogie

La nouvelle feuille de route gouvernementale marque également un coup de frein notable sur le déploiement des énergies renouvelables intermittentes, notamment l’éolien terrestre, avec des ambitions revues à la baisse. Cette rationalisation des investissements résonne avec les critiques récurrentes de l’expert.

Pour Jean-Marc Jancovici, tenter de calquer la stratégie énergétique française sur le modèle allemand, qui a investi des centaines de milliards dans l’éolien et le solaire, est « une énorme bêtise ». Il souligne que ces sources intermittentes ne font souvent que financer l’industrie chinoise des panneaux solaires, tout en nécessitant le maintien de centrales à gaz ou à charbon pour compenser l’absence de vent ou de soleil. Promettre de résoudre la crise climatique en misant uniquement sur ces technologies relève d’une « démagogie qui se heurte à la physique ».

Vers une transformation inévitable de notre modèle social

Au-delà des infrastructures industrielles, l’analyse du président du Shift Project porte sur notre modèle de société tout entier. Qu’elle soit imposée par les politiques climatiques ou subie par l’épuisement géologique naturel, la baisse inéluctable de la disponibilité des énergies fossiles entraînera mécaniquement une diminution du nombre de machines à notre disposition.

Même avec une relance nucléaire réussie via la PPE3, la quantité d’énergie globale disponible pour animer notre économie va se contracter. L’ingénieur anticipe donc que le monde du travail va profondément muter : les emplois de demain seront potentiellement moins spécialisés et beaucoup plus manuels. La transition énergétique actée par ce nouveau texte n’est donc que le prélude d’une refonte économique et sociétale absolue.

Marc Kerviel

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